Sorti de mes archives, cet article en hommage à une grande dame, toujours restée dans l'ombre de l'auteur Gonzague St Bris, véritable cheville ouvrière de la Forêt des Livres de Chanceaux Près Loches.

Ce jour-là, le mardi 21 septembre 2010 j'assistais à la décoration de Marie-Claude Mahiette (Directrice de la Forêt des Livres) de l'ordre National du Mérite.

par Mr Hervé Novelli (Ministre du Travail)

 

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Monsieur le Ministre, je suis extrêmement honorée et je ne sais comment vous remercier, de même que je ne sais comment exprimer ma reconnaissance à Gonzague qui est à l’origine de cette distinction. Je dois vous dire que c’était une totale surprise pour moi et je suis restée un moment incrédule lorsque j’ai trouvé votre courrier, resté dans ma boîte aux lettres à Audierne, tandis que j’oeuvrais à Paris auprès de Gonzague SAINT BRIS. Ayant toujours travaillé dans l’ombre, au service de mes patrons et des causes qu’ils défendaient, je me suis dit : « Que se passe-t-il ? Aurais-je fait de la prose sans le savoir ? »

 

 

Alors, quand il vous arrive un tel honneur, on revient en arrière sur sa vie et on en fait défiler toutes les étapes… que je vous épargnerai, rassurez-vous !

 

 

Le travail, je l’ai appris dès l’enfance auprès de mes parents. Chez eux, c’était une ruche. Jacqueline Alexandre ici présente, Monika venue tout spécialement d’Allemagne pour partager ce grand jour avec sa famille d’adoption, mes amis, ma famille pourront vous le dire : ils travaillaient au minimum 12 heures par jour, sans jamais prendre de vacances ni se plaindre, et toujours dans une joie communicative. Aujourd’hui, ma seule tristesse est que mon père ne soit plus à nos côtés. C’était l’exemple même de la droiture et de la générosité, un véritable artiste, musicien accompli qui a sacrifié sa carrière pour sauver les affaires familiales. Nous lui devons tellement et il aurait été si fier de voir, à travers sa fille, toute une lignée de commerçants au service des autres récompensée. Heureusement, ma mère est toujours présente, toujours élégante, toujours aussi active et vaillante, plus moderne que sa fille, s’intéressant à tout à bientôt 87 ans. Sans elle, je n’aurais pas toute cette disponibilité. A elle, à mon père, je dédie cette médaille, ainsi qu’à mon fils, Florent, qui est la lumière de ma vie, mais n’est-ce pas normal pour un photographe ?

 

 

Je pense aussi à ceux qui m’ont formée : l’abbé Joseph Daoust qui a joué un rôle déterminant dans ma formation littéraire. Ce qui m’a tout de suite plu avec Gonzague, c’est que je retrouvais cette atmosphère d’érudition si longtemps partagée avec l’abbé : une maison pleine de livres, des tables jonchées d’écrits et cette entêtante odeur de cigare… Je crois que ce cher « Oncle Joseph » y est pour quelque chose, là-haut, si, grâce à Jean Daprai, un artiste peintre émérite ici présent, j’ai été présentée à Gonzague lors d’une remise de distinction respective pour ces deux maîtres par Monseigneur Poupard, Nonce apostolique de Rome ! Et pour ne rien vous cacher, bien avant de nous présenter l’un à l’autre, Jean avait fait un portrait de chacun de nous, de sorte que j’ai bien peur d’imposer ma présence à Gonzague pour l’éternité si jamais nos portraits se retrouvent côte à côte dans un musée !

 

 

Je pense à Madame Lefèvre, ma première patronne, qui ne peut plus se déplacer mais Monsieur Maurice Houdayer me fait l’honneur de la représenter aujourd’hui, car il sait qu’au cours des 20 ans passés auprès d’elle, j’ai tout appris. A la tête de 300 personnels stables et de 6.000 intérimaires, elle était d’une exigence telle – Monsieur Fremder peut en témoigner – qu’après un passage dans tous les services de ses entreprises, vous en ressortiez blindée et capable de faire face à toutes les difficultés. Elle me disait : « Allez, vas-y cocotte, fais-toi respecter (sous-entendu planche pour approfondir les domaines que tu ne connais pas encore), débrouille-toi comme tu veux, je ne veux pas savoir ce que tu fais, mais il faut que ça marche ! »

 

 

Je pense à Me Théo Klein qui, à mon grande déception, a une obligation incontournable ce soir, devant recevoir l’Ambassadeur d’Allemagne pour honorer un artiste juif. Théo m’impressionnait énormément et je redoutais d’aller travailler dans son Cabinet, un milieu d’avocats que je ne connaissais pas. Il a insisté pendant des mois avant que je n’accepte, mais qui peut résister à Théo Klein avec sa maîtrise de lui, son talent, son charme, son exemplaire sagesse ? Mon travail lui doit aussi beaucoup pour le complément d’expérience que j’ai acquis chez lui, devant remplir un cahier des charges de seize pages, travail passionnant et très formateur. C’est là que j’ai pu parfaire l’organisation d’évènements regroupant un grand nombre de personnalités, comme par exemple le passage à l’an 2000, quand PPDA et Claire Chazal animaient l’émission au 6eétage du Cabinet avenue des Champs Elysées. Le mot d’ordre de Théo : « Vous êtes responsable ! »

 

 

Et maintenant qui vais-je citer, à votre avis, si ce n’est Gonzague avec qui je partage un travail acharné depuis sept ans ? Au début, il n’était pas question de FORET DES LIVRES, j’y venais en visiteuse pour mon plus grand bonheur. Mais voilà qu’un jour les deux Emilie qui s’en occupaient si bien, se décident pour une vie professionnelle à l’année. Gonzague me prend à part et me dit : « Vous allez les remplacer » « Ah non, lui dis-je, je viens de faire construire une maison en Bretagne où je compte bien passer les trois mois d’été » « Faites cela au moins pendant un an, ensuite je trouverai quelqu’un. » Périodiquement, je lui demandais s’il avait trouvé quelqu’un, mais j’avais droit à de vives protestations. Trop tard ! J’étais tombée dans le chaudron de la forêt magique où Gonzague œuvre de façon magistrale, sortant de son bouillon de culture des rencontres exceptionnelles, comme

la vôtre Monsieur

le Ministre, et quelle joie de vous avoir vu en cette XVe édition récompensé par le « Prix Economie Nouvelle » donné à votre livre sur l’auto-entreprise. Il est bon et juste que les bienfaits que vous répandez sur la France soient aussi salués en ce jour.

 

 

Des rencontres dues à Gonzague comme celle de l’Académicien René de Obaldia et celle d’

Emmanuel de La Taille

, si talentueux et qui nous entoure de tant d’affection, comme celle des habitants de Chanceaux : M et Mme Batereau, M et Mme Mame, M Lorailler qui déploient beaucoup d’énergie pour la réussite de la manifestation, comme celle de tous nos collaborateurs et bénévoles qui ont aussi leur part dans l’honneur qui m’est fait aujourd’hui. Et puis, dans ce chalet à Chanceaux, sans aucun doute inspiré par sa précédente propriétaire,

la Comtesse Saint Bris

, poétesse de la Chantereine et du miroir aux fées, il flotte un air de poésie qui nous fait vivre des moments si rares avec des réponses en vers à la lumière des chandelles... Alors, pourquoi hésiter entre l’enchanteur Merlin et l’enchanteur Gonzague ? Comment résister à Gonzague, à son inspiration littéraire qui vous fait frapper des textes à toute heure du jour et de la nuit, à sa créativité dans tous les domaines qu’il vous faut mettre immédiatement en œuvre, à son enthousiasme, sa générosité, sa formidable force vitale, à son grain de fantaisie qui vous embellit la vie ? Mais ne vous y trompez pas, il y a derrière tout cela un esprit concret, une pertinence pour juger les situations et les personnes, une obstination et un courage, un travail inlassable qui sont le secret de sa réussite.

 

Puisque nous célébrons aussi la littérature, je voudrais terminer par quelques vers de Louis Aragon qui ont inspiré le dernier roman de Jean d’Ormesson, le Président de la XVe édition de

LA FORET DES LIVRES

:

 

C'est une chose étrange à la fin que le monde

 

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

 

Ces moments de bonheur ces midis d'incendie

 

La nuit immense et noire aux déchirures blondes

 

 
Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit

 

D'autres viennent Ils ont le coeur que j'ai moi-même

 

Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime

 

Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix

 

[...]

 

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

 

Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici

 

N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

 

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

- Louis Aragon -

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Marie-Claude Mahiette, entre Mr Hervé Novelli et Mr Emmanuel de la Taille.

 

Cu-dessous Marie-Claude Mahiette et l'académicien René de Obaldia. Derrière René de Obaldia, son épouse Diane, grande classe et élégance.

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